Dans notre quotidien, les conversations jouent un rôle crucial. Elles façonnent nos relations, influencent nos décisions, et peuvent avoir un impact profond sur notre vie personnelle et professionnelle. Mais parfois, ces conversations nous échappent, et finissent par avoir un impact négatif. Combien de fois avons-nous vu des discussions tourner au vinaigre, même lorsqu'elles commencent sur une note positive ? C'est là qu'intervient la convivialité, un élément souvent sous-estimé mais essentiel pour garantir des échanges constructifs et enrichissants.
En entretien épistémique, nous cherchons à comprendre les croyances et opinions des autres à travers un questionnement bienveillant. Nous mettons un point d'honneur à cultiver cette convivialité dès le début des échanges. Si vous souhaitez en savoir plus sur l'entretien épistémique et ses principes de base, je vous invite à consulter cette page dédiée ou à rejoindre notre Discord pour trouver de nombreuses sources sur l'entretien épistémique. Nous proposons également des formations, inscrivez-vous à la liste d’attente.
Imaginez la scène suivante : Sophie, une chef de projet expérimentée, est préoccupée par une décision prise récemment dans son entreprise concernant la réorganisation d'une équipe. Elle décide d'aborder le sujet avec Marc, un de ses collègues avec qui elle a travaillé sur plusieurs projets sans qu’il n’y ai eu de soucis jusqu’ici:
Sophie : "Marc, j'ai vu les nouveaux plans pour l'équipe, et honnêtement, je pense que ça va poser des problèmes. Le transfert de Jean-Luc à un autre service est une erreur."
Marc : (visiblement surpris et un peu sur la défensive) "Pourquoi tu dis ça ? Moi, je trouve que c'est une bonne idée. Jean-Luc n'était plus aussi performant ces derniers temps."
Sophie : (haussant légèrement le ton) "Peut-être, mais ce n'est pas une raison pour le déplacer. Il a beaucoup d'expérience ici, et son départ va déstabiliser l'équipe."
Marc : (le ton devient plus sec) "Je ne suis pas d'accord. C'est justement parce qu'il n'est plus performant qu'il doit partir. Ça va faire du bien à tout le monde."
Sophie : (fronçant les sourcils, agacée) "Tu ne vois pas les implications que cela va avoir ? Ce n'est pas seulement une question de performance, c'est une question de cohésion d'équipe !"
Marc : (élevant la voix) "Sophie, tu es trop émotionnelle sur ce sujet. On ne peut pas toujours faire passer les sentiments avant les besoins de l'entreprise."
Sophie : (clairement irritée) "Et toi, tu es trop froid et calculateur ! Ce n'est pas juste une question de chiffres, c'est une question humaine !"
La conversation, qui aurait pu être constructive, se termine sur une note amère. Les deux collègues se séparent, frustrés et incompris. Pourquoi cela a-t-il mal tourné ? Beaucoup d'éléments pourraient être corrigés dans cette conversation, mais dès le début, Sophie et Marc ont sauté directement dans le vif du sujet sans établir un climat de convivialité. Ils n'ont pas pris le temps de reconnaître leurs points de vue respectifs ni de souligner leurs objectifs communs. Cette absence de convivialité a transformé ce qui aurait pu être un échange productif en un conflit stérile. Vouloir aller trop vite aura été contre productif.
Lorsque l'on entre directement dans le vif du sujet sans prendre le temps d'établir un climat de confiance et de respect mutuel, on risque de créer des tensions inutiles. Dans cet article, nous allons explorer ensemble comment construire et maintenir cette convivialité tout au long de vos conversations, afin d'éviter de telles situations et d'enrichir vos échanges.
Avant d'aborder un sujet potentiellement délicat, il est crucial de créer un lien personnel. En prenant le temps de mieux connaître la personne en face de vous, vous montrez un intérêt sincère pour elle. Cela permet de poser les bases d'une relation de confiance. Cette confiance favorise ensuite un échange plus ouvert et constructif. Vous pourrez découvrir des points communs ou des expériences partagées qui vous aideront à construire des ponts dans la conversation.
Pour que Sophie puisse créer un lien avec Marc avant de plonger dans le sujet délicat, elle pourrait adopter une approche plus empathique et ouverte, en commençant par comprendre son point de vue ou ses ressentis.
Sophie : "Salut Marc, comment tu te sens avec toutes ces nouvelles réorganisations dans l'équipe ? J'imagine que ce n’est pas évident pour toi non plus, avec toutes les décisions qui se prennent en ce moment."
Marc : (prenant un ton ne cachant pas une certaine fatigue) "Oui, c'est vrai, il y a pas mal de changements, et certains ne sont pas faciles à gérer. Ça met beaucoup de pression sur tout le monde."
Sophie : "Je comprends. Moi aussi, ça me travaille un peu. J'aimerais beaucoup avoir ton avis sur la façon dont tout ça pourrait se dérouler, surtout avec le transfert de Jean-Luc. Comment est-ce que tu le vois toi ?"
Marc : "Pour être honnête, je pense que c'est une bonne chose que Jean-Luc soit transféré. J'ai remarqué qu'il avait du mal à suivre le rythme ces derniers temps, et ça impactait un peu l'équipe. Je crois que ce changement pourrait nous aider à mieux nous organiser. Mais c'est vrai que ça ne doit pas être facile pour tout le monde."
Cette approche ne consiste pas seulement à poser des questions pour être poli, mais à écouter attentivement les réponses. L’interlocuteur se sent alors respecté et plus enclin à partager ses pensées de manière honnête. Cela crée un cadre de sécurité dans lequel il se sent à l'aise d’explorer ses idées et d’accepter celles des autres.
Commencer par établir une relation personnelle crée un contexte dans lequel les deux parties se sentent plus à l'aise pour s'ouvrir et partager leurs pensées. Cela montre que vous ne voyez pas votre interlocuteur simplement comme un porteur d'opinions à contredire, mais comme un individu complet, avec ses propres expériences, émotions et perspectives. Lorsque ce lien est établi, la conversation devient plus fluide, les malentendus sont évités, et l'autre se sent respecté et valorisé.
En faisant preuve d’écoute empathique Sophie pourrait réussir créer de la confiance chez Marc et lui permettre de se sentir écouté.
Sophie : "Je comprends ce que tu veux dire. C'est vrai que Jean-Luc semblait avoir du mal ces derniers temps. Ça a dû être compliqué à gérer pour toi, surtout avec les projets en cours."
Marc : (se détendant un peu) "Oui, c'est ça. On a dû compenser plusieurs fois, et ça a commencé à se voir sur les délais. J'ai pensé que ce transfert lui donnerait l'occasion de repartir sur de meilleures bases."
Sophie : (hochant la tête) "Je vois mieux ta perspective maintenant. Je n'avais pas réalisé à quel point ça avait impacté le rythme de l'équipe. Tu penses qu'un autre service serait mieux adapté pour lui, alors ?"
Marc : "Oui, peut-être. C'est un bon élément, mais je pense qu'il avait besoin d'un changement. Et toi, comment tu le vois ? Tu semblais avoir des réserves."
Sophie : (prenant une pause) "Oui, je m'inquiète un peu pour la dynamique de l'équipe. Jean-Luc a tellement d'expérience ici, j'ai peur que son départ crée un déséquilibre. Mais je comprends mieux pourquoi tu penses que c'est nécessaire maintenant."
En prenant le temps d'écouter attentivement Marc et de reconnaître ses préoccupations, Sophie a réussi à créer une base de compréhension mutuelle. Cette approche a permis à Marc de se sentir entendu et respecté, ce qui a ouvert la voie à une discussion plus fluide et constructive sur le transfert de Jean-Luc. Plutôt que de se précipiter sur les points de désaccord, Sophie a pris soin de comprendre la situation du point de vue de Marc, ce qui a aidé à désamorcer toute tension initiale et à renforcer la confiance entre eux.
Quand avez-vous pris le temps pour la dernière fois de vraiment connaître une personne avant d'entamer une discussion sérieuse ? Réfléchissez à une situation récente où cela aurait pu faire une différence.
Une fois le lien personnel établi, il est temps de renforcer cette relation en mettant en avant les points communs que vous partagez avec votre interlocuteur. Ces points communs peuvent sembler minimes ou superficiels, mais ils jouent un rôle crucial dans la construction de la convivialité. Ils permettent de créer un sentiment d'appartenance et d'affinité, deux éléments clés pour ouvrir la voie à une conversation plus profonde et respectueuse.
Les points communs servent de ponts entre deux personnes, surtout lorsque leurs opinions divergent sur le sujet principal de la conversation. En identifiant et en soulignant ces similitudes, vous réduisez les distances perçues et créez un climat où l'autre se sent compris et apprécié. Cela peut aller de passions partagées à des expériences de vie similaires, en passant par des valeurs communes. Chaque point commun découvert et souligné renforce le lien et rend l'échange plus ouvert et plus productif.
Au lieu de rester uniquement sur le sujet du transfert, Sophie décide de prendre un moment pour explorer des intérêts communs et renforcer leur lien.
Sophie : "Marc, je vois que ce genre de décisions peut être stressant, surtout avec tout ce qui se passe en ce moment dans l’équipe. Comment ça va de ton côté en dehors du boulot ? Tu arrives à prendre un peu de recul avec tout ça ?"
Marc : (soupirant légèrement) "Pas vraiment, c'est assez prenant avec les réorganisations. J'ai réussi à sortir un peu ce week-end pour une rando en forêt, ça m'a fait du bien de décrocher."
Sophie : (soudainement intéressée) "Ah, tu fais des randos ? Moi aussi ! Je vais souvent en forêt le week-end, ça m'aide à me vider l'esprit."
Marc : (avec un sourire, l'atmosphère se détend) "Vraiment ? C'est génial ! J'adore marcher tôt le matin quand il n'y a encore personne. Ça permet de commencer la journée calmement."
Sophie : "Intéressant ! Rien de mieux pour évacuer le stress de la semaine. D’ailleurs, je suis allée dans le parc régional la semaine dernière, tu connais ce coin ?"
Marc : "Oui, je connais, c'est un super endroit. La montée est un peu raide, mais la vue en haut en vaut vraiment la peine."
Sophie : (partageant son enthousiasme) "Je suis d’accord ! On devrait peut-être organiser une sortie un de ces week-ends, histoire de se détendre."
Marc : (sourire) "Avec plaisir, ça serait sympa. Ça me ferait du bien de sortir un peu avec un collègue."
Après avoir partagé leur passion commune pour la randonnée, l’atmosphère s'est suffisamment détendue pour permettre d'aborder le sujet du transfert sous un nouvel angle. Sophie et Marc ont découvert un intérêt commun en dehors du travail, ce qui a humanisé leur échange et permis d'aborder la discussion plus sereinement.
Sophie : "Sinon, à propos du transfert de Jean-Luc, je pense qu’on pourrait trouver un moyen de garder l’équipe soudée. Peut-être qu'on pourrait en discuter avec le reste de l’équipe pour voir comment s’organiser au mieux, qu’en penses-tu ?"
Marc : "Oui, je suis d’accord. Après tout, si on arrive à marcher ensemble pendant une randonnée, on peut bien gérer les défis de l’équipe !"
Sophie : (riant) "Exactement ! On se retrousse les manches et on avance ensemble."
Cette simple découverte d'une passion partagée pour la randonnée a transformé une discussion qui aurait pu rester tendue en un échange plus détendu et coopératif. En reconnaissant un point commun en dehors du cadre professionnel, Sophie et Marc ont créé un environnement où les idées peuvent circuler plus librement, rendant la collaboration plus agréable et productive.
Construire la convivialité est une chose, mais la maintenir tout au long de la conversation est un défi en soi. Les échanges peuvent rapidement s'envenimer si l'un des interlocuteurs commence à se sentir mal à l'aise, agressé, ou simplement non écouté. Il est donc crucial de rester attentif à l'état émotionnel de votre interlocuteur et de savoir ajuster votre approche en conséquence.
La convivialité n'est pas un état statique que l'on atteint une fois pour toutes. Elle doit être entretenue et ajustée en fonction de l'évolution de la conversation. Cela nécessite une écoute active et une sensibilité aux signaux émotionnels de l'autre. Par exemple, si vous remarquez que votre interlocuteur commence à montrer des signes de frustration – comme élever la voix, froncer les sourcils ou utiliser un ton plus sec – c'est un indicateur qu'il est temps de ralentir, de reformuler ou de poser des questions pour clarifier ses sentiments. En reconnaissant et en adressant ces signaux, vous montrez que vous vous souciez de son bien-être émotionnel, ce qui peut aider à désamorcer la tension.
Sophie : "Marc, tu as sûrement de bonnes idées sur la manière dont on pourrait mieux s’adapter à la situation après le transfert de Jean-Luc. Comment est-ce que tu vois les choses pour l’équipe ?"
Marc : (réfléchissant) "Je pense qu’il va falloir réajuster les rôles pour compenser. Peut-être que certaines tâches peuvent être redistribuées entre nous, au moins temporairement, le temps qu'on trouve un remplaçant."
Sophie : (avec un ton rassurant) "C’est une bonne idée. Ça pourrait permettre à chacun de mieux s’y retrouver et éviter de surcharger qui que ce soit. Tu as déjà une idée de comment on pourrait répartir ces tâches ?"
Marc : (hésitant légèrement) "Pas encore précisément, mais je pense qu’on pourrait commencer par revoir les projets en cours et voir qui peut prendre quoi. Ce serait bien de demander à chacun où il se sent le plus à l’aise pour compenser."
Sophie : (approuvant) "Je suis d’accord. Ça permettrait de s’assurer que personne ne se retrouve coincé avec trop de travail. D’ailleurs, est-ce que tu te sens à l’aise de lancer cette discussion avec le reste de l’équipe ? Je pense que ta vision des choses pourrait vraiment les aider à comprendre comment mieux s’organiser."
Marc : (visiblement apaisé) "Oui, je pense que je peux m'en charger. J’ai l’impression que si on met tout sur la table, on trouvera forcément une solution qui fonctionne pour tout le monde."
Sophie : "Super ! On avance ensemble, et je suis sûre qu’on peut éviter les tensions si on reste ouverts les uns avec les autres."
Marc : (sourire) "Exactement. Merci de prendre le temps de parler de tout ça. Je me sens plus serein à l’idée de gérer cette situation maintenant."
En sollicitant activement l’avis de Marc et en lui montrant qu’elle valorise ses suggestions, Sophie a renforcé la convivialité dans la conversation. Elle a su ajuster son approche en fonction des émotions de Marc, le rassurant et l’encourageant à prendre part activement à la solution. Cela a désamorcé la tension initiale et transformé un potentiel conflit en une collaboration constructive et respectueuse.
Maintenant que vous avez compris l'importance de la convivialité et comment la construire, il est temps de mettre ces concepts en pratique dans vos conversations quotidiennes. Il ne suffit pas de connaître les techniques ; il faut les appliquer régulièrement pour qu'elles deviennent une seconde nature.
Ne commencez pas par un sujet à risque
Intéressez vous à ce qui se passe dans sa vie actuellement
Chercher à apprendre quelque chose de nouveaux sur l’autre
Intéressez vous à son point de vu
Soulignez vos points commun
Prenez le temps : Dans chaque conversation importante, prenez le temps de créer un lien personnel avant d'aborder le sujet principal. Cela peut se faire en posant des questions simples sur l'état d'esprit ou les expériences récentes de l'autre.
Inciter l'interlocuteur à s'exprimer en posant des questions ouvertes : Montrez un intérêt sincère pour ce que pense et ressent l'autre. Par exemple, au lieu de simplement demander "Ça va ?", demandez : "Qu'est-ce qui t'a le plus marqué ou préoccupé dans cette situation ?"
Soyez attentif aux émotions : Surveillez constamment l'état émotionnel de votre interlocuteur et ajustez votre approche si vous remarquez des signes de tension ou d'inconfort. Parfois, une simple pause ou un changement de sujet peut suffire à rétablir la convivialité.
Adaptez votre langage corporel : Assurez-vous que votre posture et vos expressions faciales communiquent une ouverture et une disponibilité à l'échange.
Dans votre prochaine conversation importante, essayez de vous intéresser sincèrement à votre interlocuteur dès le début. Posez-lui des questions sur la façon dont il se sent en ce moment ou sur ses attentes pour la discussion à venir. Notez les différences dans la qualité de l'échange par rapport à vos conversations habituelles. Vous pourriez être surpris de voir à quel point cette simple approche peut transformer la dynamique de la conversation.
Comment pourriez-vous améliorer la convivialité dans vos prochaines conversations ? Réfléchissez aux situations où une meilleure gestion de la convivialité aurait pu mener à un échange plus constructif.
La convivialité est le pilier invisible qui soutient toute conversation réussie. Elle est bien plus qu'une simple formalité ; c'est un élément essentiel qui permet à des idées divergentes de coexister dans un échange respectueux et productif. En prenant le temps de connaître votre interlocuteur, en soulignant les points communs, et en ajustant constamment votre approche en fonction des émotions ressenties, vous pouvez transformer vos échanges en discussions constructives et agréables. Ces techniques sont des outils puissants que vous pouvez intégrer dans votre vie quotidienne dès aujourd'hui.